Petite histoire tirée d'un journal que j'ai trouvée excellente ; je me permets donc de vous en faire profiter ;)
Alors que des nuées de cloches romaines sont annoncées pour déverser leur cargaison chocolatée dans nos jardins, petit retour sur quelques souvenirs de préparatifs de chasse à l'œuf de Pâques. IL paraît que lorsqu'on court un grand danger, que l'on sent sa vie menacée, on voit défiler toute son existence. Je n'ai jamais tenté l'expérience et je m'en félicite mais, en ce samedi débutant le week-end pascal, j'ai néanmoins vécu une expérience approchante. Désireux de me rendre chez un grand chocolatier local pour y choisir de quoi alimenter la chasse aux œufs de Pâques de mes enfants, je me retrouve dernier occupant d'une queue monumentale, gage de mon choix judicieux quant au chocolatier en question. Mais bon : j'avais ainsi devant moi une bonne demi-heure de patience que mon esprit a mis à profit pour s'en aller divaguer du côté du rayon des souvenirs. 11 h 50 : je viens de prendre ma place dans la queue. L'attente commence et je repense à ces chasses aux œufs enfantines, non pas dans le jardin de mes parents (nous vivions en appartement) mais dans les plantes vertes de maman. L'excitation était toujours à son comble. Ainsi fond, fond, fond le petit chocolat 11 h 58 : j'avance peu. Une cliente qui me précédait renonce. Je gagne une place. Tous les espoirs sont permis. Et me voici, adolescent, tout heureux de jouer à la cloche à mon tour pour ma nièce. J'oublie seulement qu'avril est parfois ensoleillé et que cacher un poisson en chocolat dans un endroit exposé au soleil peut poser problème. « Tonton, j'ai trouvé un poisson mort ! » me crie ma nièce de 4 ans, les mains pleines de chocolat liquide… 12 h 03 : la victoire est proche, j'entame la dernière ligne droite avant l'entrée dans la boutique. C'était il y a cinq ans. J'avais vraiment tout prévu : le jardin était devenu une vraie carte aux trésors dont les secrets étaient connus de moi seul. Pensez donc : la dissimulation des œufs, cloches, poissons et autres lapins m'avait pris près de deux heures. J'avais tout prévu… Sauf le sens de l'observation de mon chien qui, s'il est un piètre dénicheur de truffes, a montré ce jour-là des talents insoupçonnés de déterreur de chocolat. Il les a presque tous retrouvés. J'ai passé Pâques chez le vétérinaire de garde… entre un chien atteint d'une indigestion et deux enfants qui avaient du mal à gober mon histoire de cloches qui avaient dû être distraites pour laisser aussi peu de chocolat. En plus, certains étaient entamés… 12 h 15 : je me retourne avec une certaine satisfaction : il y a désormais plus de monde derrière moi que devant. L'an dernier, il m'est arrivé un truc incroyable. J'avais si bien caché les œufs de Pâques qu'on n'en a pas retrouvé la moitié ! Impossible de me souvenir des emplacements, tellement je les avais multipliés. Depuis un an, c'est comme les obus de la Grande Guerre : du chocolat remonte régulièrement à la surface du jardin, et ça va sûrement durer des années… 12 h 20 : j'y suis ! Bonjour Madame, je voudrais cet œuf au chocolat du commerce équitable-qui-garantie-que-les-Péruviens-qui-l'ont-produit-seront-mieux-payés. Je voudrais aussi ces petits poissons fabriqués localement, ce qui signifie qu'on n'aura pas trop rejeté de CO2 pour que mes enfants s'en mettent plein les doigts. Eh oui, parce que cette année, en plus d'offrir une chasse palpitante à mes bambins, je veux qu'ils prennent conscience des enjeux de notre monde. Je veux qu'ils apprécient ce qu'est un bon, un vrai chocolat. Je veux une chasse éthique, durable, zéro émission… Rome, oublie-moi… Le lendemain, j'avais tout bien caché. J'étais très fier et impatient de voir mes enfants réagir à cette nouvelle forme de chasse aux œufs. La plus petite m'a fait part en ces termes de son immense surprise : « ben, y a pas de cadeau dans les œufs en chocolat ? Pourquoi les cloches elles ont pas amené des Kinder®, comme l'an dernier ?... » Allô Rome ? Dites aux cloches que si elles pouvaient trouver quelqu'un d'autre que moi l'an prochain pour aller faire le mariole à cinq heures du matin dans le jardin, je ne serais pas fâché… Berty ROBERT |